Un équipage à la recherche d'un abri

Fabien Combes Place au port

Kardeche signifie fraternité

En hiver il faut faire face à des coups de vents et parfois mettre son bateau à l’abri pour une
certaine période.
Voilà tout l’été que Janine et Georges font du cabotage à bord de leurs voilier Le Croque Soleil II.
L’automne étant déjà bien entamé ils doivent commencer à chercher un refuge pour passer l’hiver.
Ils décident de débuter par ce port où ils ont vu un chantier naval qui pourra acceuillir leur voilier
en carénage.
Arrivés à la capitainerie ils commencent à échanger avec le maître de port :
– Bonjour, on voudrait une place pour cet hiver.
– Oui, je vais prendre vos coordonnées, votre adresse ?
– Vous avez cas mettre la capitainerie d’ici…
– Ah, vous vivez à bord ?
– Oui.
– On n’accepte pas les gens qui vivent à bord pour l’hiver.
– Pourquoi ?
– Parce qu’on veut un port avec des bateaux qui naviguent.
– Oui c’est bien ça. Justement nous on navigue. On voudrait en profiter pour faire le carénage
du bateau et repartir au printemps.
– C’est pas possible. On n’accepte pas les gens qui vivent à bord pour l’hiver, ça entraine trop
de voiliers tampons, de locations Airbnb et de plaintes. Nous voulons garder un port vivant.
– Comment ça des plaintes ?
– Oui des conflits entre bateaux. Les usagés se plaignent que les gens qui vivent à bord
surconsomme en électricité que ça va faire augmenter les facture du port et que ça ce
répercutera sur leur loyer. Pour ne plus avoir de problème on n’accepte plus de nouveaux
résidents.
– Bon… D’accord merci pour ces précisions. Bonne journée.
En hiver cet équipage doit se mettre à l’abri des tempêtes et en profite pour faire toutes les corvées
que lui inflige cet saison : caréner le navire, réparer ce qui a cassé, préparer les prochaines
navigations et éponger l’humidité, encore, encore… et encore.

Lors d’une escale un voisin leur avait conseillé un joli petit port très accueillant. À son approche
Janine fait l’appel VHF pour s’annoncer :
– T’entends ça Georges, il nous a dit, place numéro 34 sur la panne Foxtrot coté nord,
amarrage bâbord. C’est la première fois de tout cet été que c’est un sans faute.
– Effectivement, Mr Dante ne nous avait pas menti ils sont très professionnel ici.
– Oui j’espère qu’ils vont nous accueillir tout aussi bien pour passer l’hiver.
Lors de la visite à la capitainerie c’est un nouveau refus. En sortant Janine positive :
– Bon celui là, à part la taxe supplémentaire pour les gens qui vivent à bord il avait au moins
une raison valable.
– Oui des pontons trop faibles pour acceuillir un voilier de 6 tonnes face au tempêtes
hivernales.

Fabien Combes Place au port
Fabien Combes Place au port

Ma question est la suivante Janine :
– Ne faudrait-il pas taxer les navires tampons qui en calamines les ports à la place des bateaux
qui ont des ailes ?
– Si, cette quête remet soudainement tout en question, c’est quoi un bateau tampon, une
location Airbnb, un port vivant ? Quelle genre de personne sera jugé légitime pour rester sur
un bateau : un marin de passage, un résident annuel, un touriste en recherche de soirées
insolites, un pêcheur ? Ce nouveau phénomène me prend un peu de cours.
Ils ont tout de même fini par trouver un port accueillant. Place 17 sur le ponton B à coté du bateau
en alu.
VRROOOUUUUMMMMM
C’est parti, cet équipage va pourvoir commencer à hiverner son bateau pour faire face aux tempêtes
hivernales et à se préparer pour de nouvelles aventures.

Un capitaine voue d'abord son âme à son bateau car sans lui il coule, son équipage avec et que s'il avait voulu une embarcation ne risquant jamais de chavirer il aurait acheté une île.

Après cette deuxième désapprobation ils continuent leur route, de refus en refus, ils commencent à
se dire que la tâche s’avère plus difficile qu’ils l’avaient imaginés.
L’automne avançant dangereusement vers l’hiver la recherche d’un abri devient urgent. Ils en sont à leur septième tentatives.
– Nous n’acceptons pas les gens qui vivent à bord.
– Pourquoi ?
– Parce que trop de gens ivres se sont noyés en rentrant à leur bateau.
– Pardon ?
– Il y a même un arrêté municipal que vous pouvez consulter. Ça en fait trois que je retrouve
en embauchant le matin, c’est désagréable.
À la sortie de la capitainerie Georges dit à Janine :
– Bon celui là je ne sais pas quoi dire…
– Oui, il vaut mieux rien dire là.
– J’ai quand même une théorie sur le sujet, pourquoi vouloir interdire les gens de vivre à bord
et pourquoi les taxer plus ?
Pour moi le combat à mener n’est pas celui là. Je poserai la question différemment, quels sont les
bateaux qui naviguent et ceux qui ne naviguent pas ?
Un marin qui possède un navire pour naviguer comme nous, ne l’armera jamais sans penser à être totalement autonome en mer sans tout le confort d’une prise électrique qui le relie à terre. C’est valable pour les usagés à l’année de même que pour les visiteurs ou les plaisanciers de saison.
J’ai pu constater qu’à bord des navires tampon : ce qui ne naviguent jamais, que ces embarcations là n’ont pas pour but de prendre la mer à contrario de prendre des places qui ne pourront pas abriter des marins de passage comme nous. À bord de ces navires n’ayant pas pour but de naviguer on y trouve pourtant tout du confort terrestre : télé, micro onde et même des plaques électrique car l’électricité est « gratuite » au port, de vrai appartement flottant.
C’est ça le véritable non sens qu’il faudrait taxer !

Fabien Combes Place au port

Autres nouvelles

Place au port – Fabien Combes

Place au port – Fabien Combes

Découvrez la nouvelle de Fabien Combes : Place au port…

Deux frères allemands  – Hervé Hinopay

Deux frères allemands – Hervé Hinopay

Deux frères allemands Lorsque quatre jeunes garçons juifs traversèrent la…

Souleymane Boël – Mounir Saidi, entre tragédie et rédemption

Souleymane Boël – Mounir Saidi, entre tragédie et rédemption

Mounir Saidi, entre tragédie et rédemption Extrait de L’aquaphobeSouleymane Boël25/08/2025…

Nouveau livre de Yannick Deslandes disponible dès maintenant !