Portrait de Pascal Tessaud

Pascal Tessaud

un cinéma nourri par les cultures populaires

De Saint-Denis à Marseille, Pascal Tessaud construit un cinéma attentif aux parcours, aux rencontres et à la création. Réalisateur de Brooklyn et de Dans la peau, il explore depuis plus de vingt ans les cultures hip-hop tout en accompagnant de nouveaux talents. Un engagement qui passe aussi par le documentaire, la radio et le livre.

Une rappeuse qui cherche à faire entendre ses textes, un danseur qui rêve de vivre de son art, des jeunes qui découvrent les métiers du cinéma : ces trajectoires traversent le travail de Pascal Tessaud. Elles racontent le désir de créer, les obstacles rencontrés et les liens qui permettent d’avancer. Au fil de ses projets, le cinéaste compose une œuvre ancrée dans les milieux populaires, avec une attention constante aux personnes et aux territoires.

Un parcours construit au fil des rencontres

Né à Paris en 1974, Pascal Tessaud grandit dans une famille ouvrière à Beauregard, dans les Yvelines. Il étudie les lettres et le cinéma à Nanterre, poursuit sa formation à Venise puis se spécialise dans le documentaire à Nancy. Pendant trois ans, il travaille dans le milieu associatif à Saint-Denis, où se nouent des rencontres déterminantes pour ses premières réalisations.

Après un premier essai documentaire consacré au breaker Ahmed Brihmouche, il réalise plusieurs courts métrages : Noctambules, avec Hiam Abbass, L’Été de Noura, Faciès et La Ville Lumière. Les questions de liberté, de rapports sociaux et d’émancipation y occupent déjà une place importante. L’Été de Noura aborde ainsi le mariage forcé à travers une jeune bachelière qui souhaite choisir son avenir.

Le hip-hop

Une culture à raconter et à transmettre

Le hip-hop accompagne son parcours et nourrit sa manière de filmer. Avec Slam, ce qui nous brûle, en 2007, Pascal Tessaud part à la rencontre d’une scène poétique en plein développement. À travers notamment Nëggus, Luciole, Julien Delmaire et Hocine Ben, le documentaire s’intéresse à l’écriture, à la scène et à cette possibilité de prendre la parole dans des lieux accessibles, proches du public.

Il poursuit cette exploration avec des documentaires consacrés aux scènes musicales de Mantes-la-Jolie, Saint-Denis et Marseille. Puis Beatbox, Boom bap autour du monde le conduit de la France à New York et aux championnats du monde de Berlin, auprès d’artistes comme Rahzel, Kenny Muhammad et Alem.

Avec Paris 8, la fac hip-hop, il revient sur l’entrée du mouvement à l’université de Saint-Denis, notamment sous l’impulsion du sociologue Georges Lapassade. En dix épisodes, témoignages et archives éclairent une histoire de création, de transmission et de reconnaissance culturelle.

De Brooklyn à Dans la peau

Présenté à l’ACID à Cannes en 2014, puis sorti en France en septembre 2015, Brooklyn marque son passage au long métrage de fiction. KT Gorique y interprète Coralie, une jeune rappeuse suisse qui rejoint Saint-Denis et tente de trouver sa place dans le milieu musical.

Le film se construit avec les artistes et les énergies de la ville. Il associe l’élan d’une aventure collective aux difficultés d’un parcours personnel, puis poursuit sa route dans de nombreux festivals internationaux.

Avec Dans la peau, sorti en France le 4 juin 2025, Pascal Tessaud déplace son regard vers Marseille. Wilfried « Wolf » Blé incarne Kaleem, un danseur de krump qui travaille dans le bâtiment et cherche à donner une autre direction à sa vie. Sa rencontre avec Marie, interprétée par Almaz Papatakis, fait naître une histoire d’amour traversée par les différences sociales et les histoires familiales.

Cosigné avec Frédérique Moreau, le scénario fait se rencontrer la danse, le récit amoureux et la chronique sociale. Présenté à l’international sous le titre Under My Skin, le film reçoit notamment le Spirit Award au Brooklyn Film Festival en 2024. Son parcours se prolonge jusqu’en 2026, avec une projection annoncée au Gyptis et la remise du prix du meilleur film des Rencontres internationales du cinéma de Marseille.

L’écriture et la transmission au cœur du travail

L’univers de Pascal Tessaud dépasse ses propres films. En 2009, il publie chez L’Échappée Paul Carpita, cinéaste franc-tireur, un livre d’entretiens préfacé par Ken Loach. Ce travail contribue à transmettre la mémoire d’un cinéma populaire et engagé. Pour France Culture, il signe également la série documentaire Renouveau du cinéma marseillais : « Massilia guérilla », réalisée par Gaël Gillon.

Ses collaborations musicales prennent aussi la forme de clips, notamment pour Milk Coffee and Sugar, KT Gorique, Blade MC et le groupe new-yorkais Get Open.

La transmission se concrétise également dans l’accompagnement de jeunes équipes. À Marseille, au sein de l’Académie Moovida, Pascal Tessaud participe à l’émergence de Merlich Merlich, réalisé par Hannil Ghilas. Il accompagne l’écriture collective, prépare le jeune réalisateur puis reste à ses côtés comme conseiller artistique. Il soutient aussi, avec Cypher Films, le premier long métrage du Salvadorien Ricardo B’atz’, Hoy.

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